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[Observatoire Gravitaire Géoazur] Caractéristiques géomécaniques
Caractéristiques géomécaniques

Travaux de Recherche par S. El Bedoui, Y. Guglielmi et T. Lebourg, Géoazur, UNS, Nice, France ; J.L. Pérez, LRPC, CETE Méditerranée, Nice, France.

De par ses dimensions (1 100 mètres de long et 750 mètres de haut) et de par le volume qui menace de tomber (de l’ordre de 60 millions de mètres cubes), ce mouvement gravitaire constitue le plus grand glissement de terrain d’Europe. Le principal risque concerne l’effondrement de millions de mètres cubes de roches qui risqueraient d’obstruer la vallée où coule la Tinée et ainsi créer un barrage artificiel. Celui-ci provoquerait d’abord l’engloutissement du village de Saint Etienne de Tinée, qui se trouve en amont. De plus, si ce barrage artificiel venait à rompre sous l’effet du poids de l’eau retenue, cela déclencherait une vague destructrice qui endommagerait la vallée de la Tinée, puis celle du Var, jusqu’aux abords immédiats de Nice où le Var se jette dans la Méditerranée. De nombreuses mesures de surveillance et de prévention (déviation de la route, tunnel pour la rivière) ont été prises, notamment au moment de la principale crise, à la fin des années 1980. L’ensemble du glissement se divise actuellement en plusieurs parties de superficie et de cinématique variables, que l’image commentée résume (photo d’Octobre 2007).

De 1960 à 1990, le versant fut significativement déformé en raison de l’activité de glissements rocheux caractérisée par un escarpement haut de 130 m en milieu de pente. Cette activité de glissements rocheux est suivie en continu avec tachéomètres et GPS (Laboratoire Géoazur) depuis plusieurs années. Actuellement, la partie la plus active du glissement rocheux montre un mouvement d’environ 0.40 m an-1, plus lent que le taux de plusieurs m an-1 enregistré durant la fin des années 80. La masse en déplacement a été examinée au cours d’études structurale, mécanique et hydrogéologique (J.P. Follacci, 1987 ; J.P. Ivaldi et al, 1991 ; INTERRREG1, 1996 ; F. Cappa et al, 2004 ; Y. Guglielmi et al, 2005), et de tomographie éléctrique (T. Lebourg et al, 2005 ; H. Jomard et al, 2007). Ces études ont apporté une meilleure compréhension du glissement rocheux, incluant la géométrie de la surface de glissement (estimée à 100 m de profondeur) et des relations entre forçages rapides et déplacements de versant. Y. Guglielmi et al, 2005 ont assimilé le glissement rocheux à un basculement critique. Néanmoins, l’évolution du versant avant la déformation rapide a été beaucoup moins bien documentée.

En combinant une étude chronologique et une cartographie géomorphologique, S. El Bedoui et al, 2009 ont montré que l’évolution du versant d’une déformation à grande échelle (DGSD) vers un effondrement rapide peut être considérée comme l’évolution de la reptation qui conduit vers des déplacements plus rapides et plus localisés. Ils ont identifié trois phases d’évolution du versant : I) une déformation lente à grande échelle (4 mm an-1) avec l’ouverture de fossés, sur une longue période de temps (10 ka à 5.6 ka BP) ; II) une déformation localisée avec un déplacement plus rapide (13 à 30 mm an-1) sur une période plus courte (3.6 ka BP) ; et III) un effondrement rapide en pied de versant sur une courte période de temps (50 années), avec un taux de déplacement très élevé (> 80 mm an-1). Le résultat que les auteurs présentent est en accord avec plusieurs études antérieures, ce qui montre que les campagnes instrumentales (e.g. GPS) sur la reptation des versants identifiés DGSD peuvent permettre d’estimer la période d’un effondrement rapide futur.