Observatoire Gravitaire Géoazur-en Observatoire Gravitaire Géoazur-fr
[Observatoire Gravitaire Géoazur] La Clapière
La Clapière

Travaux de Recherche par S. Bouisson, F. Cappa, A.I. Chemenda, S. El Bedoui, Y. Guglielmi, H. Jomard et T. Lebourg, Géoazur, UNS, Nice, France ; J.L. Pérez, LRPC, CETE Méditerranée, Nice, France ; P. Valty, LAREG, ENSG, Marne la Vallée, France.



De par ses dimensions, 1 100 mètres de long et 750 mètres de haut, et son volume d’environ 60 millions de mètres cubes, ce mouvement gravitaire constitue le plus grand glissement de terrain d’Europe.

Les principales problématiques scientifiques sont la compréhension de la cinématique, du mécanisme du mouvement de terrain et des interactions entre sollicitations externes et dynamique rupturelle. Si le glissement de la Clapière présente depuis les années 2000 un ralentissement, il montre des phases d’accélération saisonnières et de nouvelles zones en amont susceptibles d’évoluer. Les dernières études H. Jomard, 2006 et S. El Bedoui et al, 2009 ont montré que le glissement de la Clapière n’était que la partie visible et active d’une masse encore plus importante (DSGSD de la Colle Longue). Si l’on se réfère aux mouvements d’ensemble, avec les plus importants qui sont apparus en 1987, on constate que les vitesses de surface mesurées ont atteint localement et ponctuellement plus de 100 mm par jour, soit une vitesse moyenne annuelle estimée à plus de 15 m par an. Ce type de période de "crise" a nécessité des aménagements spécifiques :

- la déviation de l’ancienne route d’accès au village (aujourd’hui ensevelie par le pied du glissement),
- la mise en place d’un tunnel de dérivation des eaux de la Tinée.

Il s’agit d’une galerie de débordement (dimensionnée pour une crue décennale) de 2 500 m de long et passant en rive droite de la Tinée. L’objectif de cette installation est de prévenir les risques que causerait la création d’un lac de retenue naturel, en cas d’un glissement de masse. Depuis les années 2000, il semble que le déplacement général du versant se soit ralenti, bien que quelques phases plus actives soient décrites, notamment en 2001 et sûrement en 2009 à cause d’un cumul record de plus de 8 m de neige. Une surveillance géomorphologique de la périphérie du glissement est menée régulièrement et semble montrer une faible propagation amont des déformations récentes (toutefois, non négligeable en terme de prévention de risques). Il semble que le mouvement de glissement généralisé fait actuellement place à un démantèlement progressif du versant par nappage lié aux lenticulations structurales et que la morphologie soit ainsi très peu perturbée. Depuis quelques années, Le glissement montre une évolution hétérogène avec des parties "stabilisées" (pied du versant, où subsistent des chutes de blocs) et des parties toujours mobiles (partie supérieure NE).

L’origine du glissement est l’un des enjeux scientifiques de ce site et il est sujet à débat depuis l’apparition des premiers désordres importants et, notamment depuis la crise de 1987. Les hypothèses les plus souvent proposées associent facteurs de prédispositions et facteurs déclenchants :

- la décompression du versant suite à la fonte du glacier tinéen,
- l’amincissement de la barre d’Iglière dans le vallon de Rabuons, également proposé comme facteur de prédisposition, même si cette structure est communément décrite comme un point d’ancrage du versant,
- la dissolution du gypse triasique au pied du versant (F. Compagnon et al, 1997),
- l’intensité du pré découpage structural (fracturations à toutes les échelles),
- l’érosion en pied de versant par la Tinée,
- les sollicitations hydromécaniques sur une longue période de temps (F. Cappa et al, 2004 ; Y. Guglielmi et al, 2005).

La majorité des auteurs s’accordent sur le fait que l’existence de La Clapière trouve son origine dans la surimposition de facteurs défavorables et rejettent l’hypothèse d’une cause unique. Les mises à jour récentes établies par H. Jomard et al, 2007 ont permis d’inclure le versant dans le DSGSD de Colle Longue. Ainsi le site associe un mouvement catastrophique "récent" en termes de temps géologique à une déformation gravitaire post glaciaire, soit une déformation gravitaire sur 10 000 ans.