Histoire récente (Quaternaire)
vendredi 20 novembre 2009 par Wanda BEROLO

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La seconde composante du modelé est reliée avec l’érosion Quaternaire de la vallée. Cette dernière inclut à la fois des facteurs géodynamiques internes (tectonique active) et externes (climat). La tectonique active quaternaire du secteur est principalement reliée à la surrection du massif de l’Argentera. Des vitesses de dénudation pour la période 8Ma jusqu’à l’actuel ont été estimées sur la base de datations géochronologiques (S. Bogdanoff et al, 2000 ; F. Bigot-Cormier, 2002). Ces auteurs proposent des vitesses de 0.25 mm/an pour la période [-8Ma ; -3.5Ma] puis de l’ordre de 1 mm/an [-3.5Ma ; actuel] bien que les mouvements actuels sont encore hypothétiques. G. Musumeci et al, 2003 évoquent des anomalies orographiques (forte concentration de pentes supérieures à 70%) et des anomalies dans le réseau de drainage (bassins hydrographiques plus hauts) reliées à l’expression de l’influence long terme de cette surrection du massif de l’Argentera.

Comme le décrivent M. Dubar et J.F. Stéphan, "l’érosion climatique quaternaire est la somme de l’érosion des périodes glaciaires plus des périodes interglaciaires". Les données disponibles sur l’histoire glaciaire du secteur concernent essentiellement celles relatives au glacier Würmien régional. D’après M. Julian, 1980 le glacier Würmien n’a pas excédé 500 m d’épaisseur. Cette épaisseur a été réévaluée à plus de 600 m par M. Dubar et J.F. Stéphan. Ils proposent également une altitude maximale n’excédant pas 1 800 m. Le glacier Würmien est donc qualifié de "glacier de vallée", ayant laissé son empreinte dans les paysages actuels de la Haute Tinée. En effet, comme le décrivent M. Julian and E. Anthony, 1996, les érosions glaciaire et post glaciaire ont structuré les flancs de la vallée en trois parties :

- des pieds de versant avec de très fortes pentes (supérieures à 40°),
- un segment moyen (avec des pentes comprises entre 30 et 35°),
- une partie supérieure avec de faibles pentes (20° environ).

(a) Carte des pentes du secteur de la Haute Tinée réalisée avec le logiciel Surfer sur la base des données de l’Institut Géographique National (IGN) au 1/25.000

(b) Coupe topographique SW-NE passant par le versant de la Clapière. Les domaines moyens d’apparition des morpho structures (1 : crevasses, 2 : escarpement-contre pente, 3 : double crête) sont établis d’après les travaux de H. Jomard, 2006

Cet "héritage" topographique particulier influe sur la répartition des déformations gravitaires affectant les versants de la vallée. Les travaux de cartographie des indices de déformations associés au DSGSD menés par H. Jomard, 2006 permettent de déterminer des domaines moyens d’occurrence des morpho structures (Figure b). Il semble que les crevasses apparaissent surtout vers les milieux de versant, alors que les escarpements et contre pente sont généralement localisés dans les parties supérieures. Les double-crêtes affectent les sommets. L’extension latérale de ces indices peut atteindre des ordres de grandeur kilométriques. L’auteur met ainsi en avant deux axes importants :

- les 8 DSGSD recensés regroupent 80% des mouvements rocheux de moyenne à grande ampleur,
- un certain nombre des indices morphologiques (crevasses et escarpements) se surimposent à des linéaments structuraux (N110°-140°),
- un des DSGSD affectant le socle de la Haute Tinée est celui de "Colle Longue". Il s’étend du village d’Isola à celui de Saint Etienne de Tinée, soit une surface de 45 km2 de surface. Six mouvements rocheux de moyenne/grande ampleur en pied lui sont associés.

Parmi ces mouvements, figure le glissement rocheux de La Clapière. Ce glissement rocheux encore actif mobilise 60 millions de m3.

 
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